Dans son livre « Glük, Logic und Bluff », traduit en anglais par « Luck, Logic, and White Lies », Jörg Bewersdorff classe les jeux grâce à l’origine de l’incertitude sur le fait qu’on va gagner ou perdre (ou aboutir à une partie nulle).
Lorsque je joue à la roulette, l’incertitude tient du hasard. Lorsque je joue aux échecs ou au go, l’incertitude tient au fait qu’il y a un très grand nombre de suites de coups possibles et que je ne suis pas capable de les imaginer toutes. Lorsque je joue à pierre-papier-ciseaux, l’incertitude vient de ce que mon information est imparfaite : au moment où les joueurs montrent leur choix, je connais le mien mais pas celui de mon adversaire.
Lorsque l’incertitude tient au hasard, le jeu est un « jeu de hasard » (chance). Lorsqu’elle tient aux nombres de combinaisons possibles, le jeu est un « jeu combinatoire » (logique). Et lorsqu’elle tient à un manque d’information, c’est un « jeu de stratégie » (bluff). (Le qualificatif de « stratégique » pour signifier que l’information est incomplète est peut-être trompeur, mais nous respectons ici le vocabulaire de Bewersdorff.)
Il faut bien faire la distinction entre « hasard » et « information imparfaite ». On pourrait en effet penser que lorsqu’on lance la roulette, mon information est imparfaite puisque j’ignore sur quel nombre la bille va tomber. Mais ce n'est là qu'une information sur le futur, pas sur l'état présent du jeu, et lorsque la roulette a été lancée le numéro sur lequel la bille est tombée est connu de tous. C’est donc un jeu de hasard. A l’inverse on pourrait croire que pierre-papier-ciseaux est un jeu de hasard puisque c’est « par hasard » que je vais gagner avec une pierre contre des ciseaux. Cependant il ne s'agit pas là de hasard, mais de choix : pour moi, la pierre, et pour mon adversaire, les ciseaux. Le fait est que je ne connais pas le choix de mon adversaire (les ciseaux) au moment où je fais mon propre choix (la pierre). Mon information est donc incomplète.
Certains jeux peuvent mêler 2, voir 3 des types d’incertitude. Ainsi au poker, il y a une part de hasard (tirage des cartes), une part de combinatoire (beaucoup de mains possibles) et une part de bluff (je ne connais pas les cartes de mon adversaire et inversement). Pour représenter la proportion des trois types d’incertitude qui interviennent dans un jeu, on donnera à chacun un nombre et la somme des trois sera 1. Par exemple, au poker, bien qu’il y ait assez bien de mains possibles, cet élément intervient peu ; le hasard un peu plus, mais c’est surtout le fait qu’on ne connait pas la main de l’adversaire qui est prépondérant. Tandis qu’à Catan, l’information est presque complète car les seules inconnues sont les cartes "développements" tirées par les adversaires, et les cartes "ressources" qui sont passées d’une main à une autre quand un joueur a fait 7 ou joué une carte "chevalier" ; le hasard joue un plus grand rôle qu’au poker, ainsi que les choix de constructions des joueurs. Voici un tableau de ces proportions pour quelques jeux emblématiques. Bien entendu pour les jeux qui ne sont pas d’un type "pur", ce n’est qu’une estimation.
| Roulette | Echecs, Go, MAD | Pierre-papier-ciseaux | Poker | Backgammon | Pachisi | Stratego | Skat | Catan | |
| Chance | 1 | 0 | 0 | 0,3 | 0,3 | 0,7 | 0 | 1/3 | 0,5 |
| Logique | 0 | 1 | 0 | 0,1 | 0,7 | 0,3 | 0,5 | 1/3 | 0,4 |
| Bluff | 0 | 0 | 1 | 0,6 | 0 | 0 | 0,5 | 1/3 | 0,1 |